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NATHALIE LÉTÉ

Artiste, illustratrice

Nathalie Lété peint l’imaginaire de l’enfance. Des livres aux vêtements en passant par des papiers peints, Nathalie ne cesse d’enchanter autant les enfants que les adultes à travers un univers féérique où la faune et la flore dialoguent avec poésie.

Nous nous sommes retrouvées dans son atelier, sur fond de chants d’oiseaux et en compagnie d’Angèle et de Tenzin, où nous avons parlé de la joie enfantine, de l’imaginaire, de changements d’échelles, de Gulliver ou encore de Beatrix Potter . Entre autres…

Lia : J’ai découvert votre travail, il y a quelques années, au moment de devenir mère. Une imagerie féerique où la végétation tient une place centrale.

Nathalie : Oui, j’ai aussi été influencé par les livres allemands et anglais avec Beatrix Potter. Je rentrais dans cet imaginaire d’une nature humanisée, animée. Mon travail est une sorte de thérapie pour retrouver la joie que j’avais enfant. J’ai toujours dessiné, finalement je n’ai pas tant évolué, je suis encore la petite fille qui dessinait mais aujourd’hui, c’est mon gagne pain. 

Lia : Votre univers me rappelait des livres germaniques que ma grand-mère suisse m’offrait. Vous avez des origines germaniques ?

Nathalie : Ma mère était d’origine Sudète de Tchecoslovaquie  et pendant la guerre sa famille a dû s’ installer en Bavière. Quand j’étais enfant, j’allais en Bavière chez ma grand-mère durant toutes les vacances. Le temps des vacances était plus inspirant que ma scolarité en banlieue parisienne. Je suis plus inspirée par l’imaginaire germanique et des pays de l’est. 

Lia : En Suisse-Allemand on dit « Baschtle » pour les travaux manuels comme le tricot, la couture, le papier mâché… Toutes ces pratiques sont intégrées dans l’éducation, il me semble que ça aide à développer la créativité et faire avec peu de moyen. 

Nathalie : En allemand, on dit « Basteln ». Tous ces travaux manuels paraissaient naturels du coté germanique. Même si en France on avait aussi un cours de travaux manuels de la 6e à la 3e, garçons et filles savaient coudre. J’ai toujours fait mes vêtements, j’allais au marché Saint Pierre pour acheter des tissus avec ma meilleure amie quand on était en 6eme.

Lia : C’est dommage que ce types de cours aient disparu. Créer ses vêtements, c’est un plaisir inégalable, on ne donne pas la même valeurs aux vêtements. Même savoir repriser des chaussettes, ça change notre façon de consommer. 

Nathalie : Oui, ça restait très sommaire mais c’était un grand plaisir de pouvoir créer notre propre garde robe. Et d’ailleurs en parlant de « Basteln » « Bricoler »….c’est resté pour moi quelque chose de très important cette notion de Bricolage.. Au fond je me rend compte que je préfère de loin les choses « bricolées » que les choses trop bien faites.

Lia : En plus de vos livres, vos peintures se déclinent sur divers supports jusqu’aux tissus d’ailleurs. Pour les 3 ans de ma fille, je lui avais offert le piano Villac. Finalement, c’est un cadeau qui m’a procuré autant de joie qu’à ma fille. Votre travail est source de joie, de tendresse pour les enfants autant que pour les parents. 

Nathalie : Même si au départ je travaille pour moi, le fait que le public aime mon travail, ça me touche énormément. C’est une manière d’intervenir dans le monde qui nous entoure, c’est ma manière de partager de la joie tout en me faisant du bien. 

Lia : Vous travaillez le dessin, la peinture à une certaine échelle. Comment arrivez-vous à projeter les images mentalement pour une autre destination, je pense notamment aux papiers peints, aux draps, aux vêtements ? Finalement, vous jonglez entre différentes échelles. 

Nathalie : Je n’y réfléchis pas vraiment, je peins librement. J’ai deux façons de procéder, il y a des peintures qui vivent d’elles mêmes, qui peuvent être vendues telles qu’elles, et puis il y a des peintures sur fond blanc, plus techniques, ce sont des images comme des décalcomanies. Les deux manières de procéder sont scannées puis nettoyées par Tenzin mon assistant. Certains éléments sont détourés pour pouvoir être utilisés comme des stickers. Dans ma banque d’images il y a tout ça, à la fois des images-peintures, illustrées, rectangles et à la fois des images détourées vouées à être assemblées. Je re-compose à chaque fois selon la destination.

Lia : On revient à l’idée du collage au sens de la composition.

Nathalie : Oui, c’est ça, c’est du collage.Je suis moi même un collage de culture, puisque mon père était Chinois au Cambodge. 

Lia : A travers les variations d’échelle, vous vous permettez une liberté absolue de la représentation figurative. 

Nathalie : Un peu comme quand on est enfant, j’aime bien jouer à différentes échelles. C’est une manière de poursuivre l’imagination enfantine, j’adorais Gulliver, la petite poucette. C’est l’émerveillement tout le temps. 

Lia : Les émotions jouent un rôle dans notre manière de percevoir les différentes échelles, je pense notamment aux personnes qui nous impressionnent et qui peuvent paraître plus grandes qu’elles ne le sont en réalité, un peu comme la figure de l’ogre. 

Nathalie : Oui, les émotions changent notre perception des échelles. J’étais enfant unique et quand je m’ennuyais, il me suffisait de me coucher dans l’herbe, d’observer et me projeter. On peut se raconter toute une histoire face à la nature. 

Lia : L'ennui est fondamental pour laisser surgir l’imagination. On fuit de plus en plus l’ennui, c’est triste. 

Nathalie : Oui, surtout avec les machines, les écrans. J’ai hâte d’avoir de petits enfants, on a toujours ce fantasme de vouloir transmettre ce qu’on a pu vivre. Peut-être qu’ils seront toujours sur des écrans, on verra. J’ai l’impression de ne pas avoir assez partagé avec mes enfants, je n’avais pas vraiment le temps. Ils étaient très autonomes, tout le temps dehors avec d’autres enfants. Enfin, je leur lisais des livres, les beaux livres, c’est très important. Quand l’adulte apprécie autant les illustrations que l’enfant c’est un vrai partage. 

Lia : Les enfants aiment contempler les images, écouter la même histoire plusieurs fois de suite comme un rituel. Ça constitue des souvenirs précieux et justement ces livres-là, on peut les transmettre de génération en génération. 

Nathalie : Oui, les livres construisent l’imagination de l’enfant et je pense qu’on peut aller plus loin, j’aimerais beaucoup accompagner les enfants dans la création de l’imaginaire. Les maîtresses en maternelle aident à developper l’imagination, je vois parfois des posts de maîtresses de maternelle sur les réseaux sociaux, c’est vraiment intéressant de voir comment elles travaillent avec les enfants. J’aime bien aussi l’idée que mon travail accompagne des enfants, ça me fait plaisir car je pense vraiment que l’enfance est le moment où tout se passe, il faut cultiver ce moment de la vie.

Lia : Dans votre atelier, on voit quelques personnages et formes en papier mâché, on les imagine volontiers prendre vie la nuit tombée, il y a une part de magie. 

Nathalie : Avec mon petit ami de l’époque, Mathias, on fabriquait des choses en cartons qu’on ramassait dans la rue, je m’occupais plutôt de la peinture. Quand je l’ai quitté et que je voulais faire de la 3D, je ne savais pas faire des constructions en carton, alors j’ai commencé à faire du papier mâché avec mes premières stagiaires. Leur boulot était d’agrandir et mettre en 3D mes dessins comme le grand lapin ou le champignon. Ça met énormément de temps à faire, l’une d’elle a passé un été à fabriquer le grand lapin. Je n’ai pas le temps hélas pour m’y consacrer moi même... Aujourd’hui, c’est ma fille  Angèle qui fait des papiers mâchés et de la céramique pour moi, elle est super douée.

Lia : C’est beau de travailler en famille.

Angèle : C’est un peu comme si on rattrapait le temps ensemble, quand j’étais enfant j’étais tout le temps dehors, l’atelier était surtout un espace de travail d’adultes.

Nathalie : Angèle sort inconsciemment ce qu’il y a en moi, c’est naturel et aujourd’hui, ça fait partie d’elle. 

 Lia : On est vraiment dans le cœur de la transmission. 

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