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DAVID HERMAN
Directeur créatif, curateur d’expériences globales, Story Teller, professeur en image à l’IFM…
Comme catapulté d’une autre planète ou d’une autre époque, David Herman est un personnage aux contours indéfinissables.
Jonglant entre plusieurs activités, toujours dans une dynamique collaborative et une soif de recherches de savoirs, on peut lire sur sa bio Instagram “Tale Teller, direction créative, curateur d’expériences narratives globales, image teaching”…
Une succession d’appellations entre le français et l’anglais qui souligne la complexité et la pluralité de ses ambitions.
Nous nous sommes retrouvés au milieu d’un jardin secret où, tout en déambulant, nous avons parlé de son parcours hétéroclite, de vocations ratées, de la conception de décors, de narrations, d’expériences, des courants Parnassiens et Symbolistes, de poésie et de l’exposition The Earthly Paradise…
Entre autres.
NB : Roman-Photo en deux parties !





Lia : Nous nous connaissons depuis quelques années et je ne saurais toujours pas te présenter sans m'y perdre. Tu as plusieurs cordes à ton arc, comment définirais-tu tes diverses pratiques ?
David : Je pense qu'on a tous une vocation ratée et qui fait qu'après on développe une pratique en y injectant cette vocation ratée. J'ai eu une boulimie de vocations ratées, j'aurais voulu être designer de mode, j'aurais voulu être danseur, acteur et réalisateur de cinéma. J'ai infusé tout ça dans mon parcours à travers soit de la production visuelle soit de la production d'évènements, de shows dans lesquels je devais imaginer potentiellement un décor. Il y a une autre vocation que j'ai découverte bien plus tard, c'est la notion de chef d'orchestre, compositeur, peut-être les deux. C'est l'idée de créer une harmonie.
Lia : Quand tu parles de vocation ratée, on perçoit une frustration qui finalement t'a permis d'explorer d'autres chemins.
David : Au départ, c'était une ambition de créer un univers et de raconter une histoire comme un réalisateur et puis je me suis retrouvé à créer une mélodie et derrière une harmonie. Inconsciemment, j'ai toujours eu une approche narrative et les univers que j'ai créés ont toujours été immersifs, des expériences. Sachant que ce sont des mots complètement galvaudés aujourd'hui, utilisés à tort et à travers parce qu'on est dans une époque qui a remis ça au goût du jour mais c'est ce vers quoi j'ai toujours tendu et depuis le début en ayant fait des études de tourisme.
Lia : Comment connectes-tu l’univers du tourisme et des loisirs à l’expérience artistique ?
David : Ça couvrait tout ce qui compose l'industrie touristique depuis un événement à développer un lieu, une station d'hiver, une station balnéaire jusqu'à produire un festival, globalement tout ce qui implique une notion de développement. A la suite de quoi, il y a un mot auquel j'ai attaché beaucoup d'importance très vite, et en plus d'avoir eu un déficit culturel par rapport à mes origines de classe moyenne, dans une région plutôt dépourvue de culture, diagonale du vide, l'est de la France, du coup j'ai concilié une boulimie, une soif culturelle avec une volonté de créer un profil que moi j'ai appelé très vite "art de vivre". Ce n'est pas juste créer un univers plaisant qui sort du quotidien, pour moi, il y a vraiment la notion de fusion de disciplines, un art total. Une vision un peu romantique où on va créer une forme d'idéal où on va puiser un peu dans tous les champs culturels pour vraiment créer une expérience qui a du sens. Une expérience va être dénuée de sens si on n'a pas de respect de l'ensemble des disciplines artistiques.
Lia : Comment en es-tu venu à fusionner les disciplines dans tes projets ?
David : Moi, j'étais dans cette volonté de faire fusionner les disciplines, c'est passé par un parcours d'immersion dans le monde de la musique. Je travaillais notamment pour Etienne Blanchot, ex-programmateur de Villette Sonique et actuel Curateur des programmations musicales de Lafayette Anticipation. Ensuite, j'ai travaillé dans une agence qui m'a immergé dans l'univers du clubbing, c'était l'époque du Pulp. Puis ensuite, j'ai suivi Etienne dans le monde du cinéma, à travers la production de festivals de courts métrages, avec une attirance pour la mode et la notion de mise en scène. C'est à partir de là que j'ai commencé à intégrer l'univers de la mode avec le magazine Standard où je suis resté 7 ans. Et j'ai commencé à développer des séries de mode, une forme de mise en pratique de création d'univers, de mise en scène, compositions natures mortes... Puis, je me suis rendu compte que ce que j'aimais beaucoup dans la mode, c'était le décor et c'est à travers l'évènementiel que j'ai beaucoup exprimé ça, notamment pour des marques. Avec une recherche de créer de vrais univers qui impliquait des artistes comme Mathias Kiss pour la création d’espaces, Marie Chemorin pour la mise en scène culinaire, Jonathan Fitoussi en musique, Muse pour l’art floral… En tout cas, il y a toujours eu la volonté de rassembler des auteurs de différentes disciplines en essayant à chaque fois de vraiment respecter leurs démarches, leurs enjeux par rapport à leur propre parcours, leur propre image. Autant de projets qui créent une harmonie en mélangeant diverses disciplines, une harmonie qui crée une expérience avec une forme de vérité. Derrière, il y avait toujours une volonté d'affirmer un point de vue. Quand je travaillais avec des marques, j'essayais de comprendre leur propres enjeux, leur propre vision et ce que ça permettait de produire. Il y a aussi une notion de curating puisque l'idée était toujours de sélectionner des talents et de les intégrer à une production artistique. Et ce que j'ai développé sur le tard avec beaucoup plus de conscience, c'est vraiment la narration. La narration s'acquiert beaucoup avec l'expérience, je ne dit pas être écrivain ou scénariste, en tout cas, développer une trame narrative avec du sens, j'ai pu le mettre en pratique lorsque j'ai travaillé avec Alice Lewis sur son album. Je pense que la narration, quand elle est vraiment juste, quand c'est la bonne idée, elle a tendance à s'écrire seule à partir du moment où la laisse s'écrire. Le vecteur d'harmonisation entre les différents acteurs qui interviennent, c'est quand on réussit à canaliser cette narration.
Lia : Tous les corps de métiers que tu as énumérés sont collaboratifs.
David : Oui, j'ai toujours capitalisé sur la dimension collaborative. Je propose un cadre au dialogue où chacun peut s'exprimer. C'est d'ailleurs dans le dialogue que le projet s'affine. Il peut y avoir un moment de mûrissement de l'idée. Un autre mot clef qui me tient à cœur, c'est de "révéler" des talents, des talents que l'artiste n'aura pas forcément explorés de lui-même, c'est justement la rencontre avec un interlocuteur qui va faire que tel ou tel talent va se révéler. Tout projet réussi révèle un talent, ça fera une expérience partagée. Un autre mot clef auquel je tiens, c'est la notion de "médiation", une histoire intègre plein de paramètres. Je fonctionne beaucoup In situ, tout ce que je fais est contextualisé et la prise en compte de tous les éléments, le lieu, les parties prenantes, techniques, les talents... C'est la canalisation de tous éléments qui fera qu'une narration aura du sens. C'est en ça qu'un curateur est une sorte de médium, de médiateur, on capte tous les éléments qu'on canalise dans une narration. Les choses s'écrivent en amont et se réécrivent après.






Lia: Dernièrement, nous avons collaboré sur l'exposition "The Earthly Paradise" au Metaxu à Toulon avec Audrey Guimard, Clara De Gobert et Benoît Bottex. C'est un projet qui a évolué en deux ans...
David : Oui, la thématique du sacré n'était pas prévue au départ, c'est quelque chose qui est venu avec la recherche. Toute pratique artistique nécessite de la recherche et moi je fais ça avec la narration pour qu'elle devienne claire et limpide pour tout le monde. Comme je suis dans une recherche de sens obsessionnelle et de dialogues, j'ai développé une partie de mes activités comme donner des cours à l'IFM, je ne me sens pas professeur mais coach, accompagnateur, médiateur justement. C'est la notion de transmission à une époque où on a intérêt à replonger dans l'histoire. Le projet d'exposition "The earthly Paradise" est un mélange entre plusieurs générations qui traduit une belle maturité.
Lia : Oui, on avait déjà collaboré avec Audrey alors qu'avec Clara c'était la première fois, et bien que nous nous connaissions depuis l'enfance, ce n'était pas évident de faire dialoguer nos univers. Je pense que nous étions toutes deux surprises du résultat, ce n'était absolument pas prévisible. On a découvert d'autres facettes créatives, d'autres manières d'exposer nos univers et de les faire dialoguer. On a toutes été impliquées dans le processus narratif mais au moment d'installer, au moment de monter l'exposition, quelque chose s'est dessiné et tout s'est ajusté. C'était alchimique, très fluide !
David : Au-delà de la recherche, il y a eu beaucoup de rebondissements, de dialogues, de rencontres. Cette curation te doit aussi beaucoup, tu as sollicité Anne Carpentier qui a exposé les antiques.
Lia : Cette exposition était en gestation depuis des années et le fait que nous nous appelons quotidiennement pour tout et pour rien, spontanément, d'autres voies se sont ouvertes. C'est quelque chose qui me tient particulièrement à cœur, de créer et partager des liens. Cette exposition est ponctuée de plusieurs évènements, musicaux, poétiques, chorégraphiques. Je suis heureuse de pouvoir partager un dialogue poétique avec Aurélien Ciller dans ce contexte.
David : Tes poèmes me rappellent le courant Parnassien de la deuxième partie du XIXe siècle dont faisait partie Mallarmé, Baudelaire et Leconte de Lisle notamment. En réaction au dégoût d'une époque, le but de ce mouvement était de faire du beau, l'Art pour l'art. Une nostalgie de la mythologie, un besoin de se purifier l'esprit. Il n'y avait pas forcément de critique sociale directe ce qui d'ailleurs leur a valu d'être critiqué par les symbolistes qui étaient dans une forme de noirceur. Leur univers était très figuratif mais également symbolique, onirique.
Lia : Parnassien ou Symboliste, les deux courants font particulièrement écho à ce que nous traversons encore aujourd'hui, comme quoi tout est cyclique. Quelle qu'en soit la forme, le style, la poésie surgit comme une nécessité.
David : Oui, peut-être parce que la poésie c'est l'essence du beau. Quelque part ça demande une rigueur que ce soit par son écriture et que ce soit par sa lecture. La poésie demande un certain effort pour rentrer dans un univers et une fois le mystère percé sous une multitude de couches, on atteint une forme de beauté puissante qui peut être transformatrice. Nous sommes dans une période de mutation qui demande une transformation et peut-être que la poésie est l'un des arts les plus transformateurs.
Lia : Nous parlions avec Carolyn Carlson de la part invisible que soulève la poésie. Par les assemblages de mots qui n'ont pas forcément de liens les uns avec les autres, par des images mentales que ça suppose, à la manière des collages, la poésie ouvre des portes insoupçonnées.
David : Ça me fait penser à la phrase introductive du texte de l'exposition The Earthly Paradise "Le sacré est toujours la révélation du réel, la rencontre de ce qui nous sauve en donnant sens à notre existence." de Mircea Eliade. Il fait allusion au réel invisible, un réel qu'il faut atteindre et qui serait le vrai sens de la vie.
Lia : Finalement, il existe plusieurs réalités.
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